Oxydes Fe/Al
Les oxydes de fer (goethite, hématite, ferrihydrite) et d'aluminium (gibbsite, boehmite) constituent des minéraux secondaires néoformés lors de l'altération des silicates. Caractérisés par une surface spécifique exceptionnelle (100 à 600 m²/g) et une charge électrique variable selon le pH, ils agissent comme des puits biogéochimiques majeurs au sein du continuum sol-plante-microbiome. Leur rôle le plus documenté est l’adsorption quasi irréversible du phosphate, particulièrement en sols acides (pH < 5), où des complexes de sphère interne se forment par échange de ligands avec les hydroxyles de surface. Cette affinité gouverne la disponibilité du phosphore, un nutriment souvent limitant. Au-delà de cette fixation, ces oxydes pilotent la stabilisation organo-minérale en protégeant la matière organique via la formation de complexes MAOM, socle de la fertilité à long terme. Sous l’impulsion de l’activité microbienne et racinaire, ces minéraux sont pourtant de puissants échangeurs d’électrons. Dans les microzones anoxiques créées par l’hétérogénéité structurale et la respiration, le fer ferrique (Fe³⁺) subit une réduction dissolutive, libérant le phosphore adsorbé et alimentant les couplages biogéochimiques avec l’azote et le soufre. Cette dynamique oscillante entre immobilisation aérobie et mobilisation anaérobie, couplée à la formation de minéraux authigènes comme la vivianite, confère à ces oxydes un rôle central dans la mémoire redox des sols. Loin d’être des surfaces inertes, ils participent activement à la gouvernance des nutriments et au tampon redox (poising capacity) de la matrice solide, véritable métronome de l’holobionte édaphique.