Haies et bocage — infrastructure multifonctionnelle du sol vivant
Là où un linéaire d'arbres traverse la parcelle, le sol change de régime : sous la haie, le non-travail, la litière et la drilosphère façonnent un profil singulier — puits de carbone, éponge hydrique, mosaïque redox — sans équivalent dans la culture voisine. Cette infrastructure vivante régule d'un même geste le vent, l'eau et la vie, et son influence déborde largement son emprise au sol. Son rôle le plus discret est pourtant souterrain : les sols de haies hébergent une communauté de champignons mycorhiziens arbusculaires plus riche (31 % de richesse spécifique en plus) et de composition distincte de celle des cultures adjacentes (Fradejas et al., 2022), au sein d'un profil que la parcelle labourée ne reproduit pas (Holden et al., 2019). La lisière y joue le rôle d'un réservoir d'inoculum : le stock est documenté, la rétention d'arbres rémanents maintenant le potentiel mycorhizien des sites perturbés (Simard et al., 2021) ; le flux de recolonisation vers les cultures voisines, lui, reste une hypothèse — établi pour les ectomycorhizes à proximité des lisières forestières (Grove et al., 2019), il n'est pas démontré pour les réseaux arbusculaires des parcelles. Prudence enfin : l'effet lisière n'est pas mécaniquement bénéfique et peut dégrader les mutualismes ou favoriser des pathogènes sous stress (Boeraeve et al., 2019 ; Tatsumi et al., 2023).