Exsudats racinaires
Les exsudats racinaires désignent l’ensemble des composés organiques de faible poids moléculaire (sucres simples, acides organiques, acides aminés, composés phénoliques, mucilages) activement libérés par les racines vivantes dans la rhizosphère. Ce flux de rhizodéposition mobilise entre 5 et 40 % du carbone fixé par la photosynthèse — la borne haute incluant la respiration racinaire, l'exsudation nette étant plutôt de 5-20 % (Jones et al., 2009). Moteur premier de l’activité biologique, les exsudats opèrent un recrutement chimiotactique des populations microbiennes bénéfiques (PGPR) et initient un dialogue moléculaire précoce (nodulation, mycorhization), tout en activant les défenses systémiques de la plante (résistance induite). Ils génèrent un intense gradient redox à l’interface racinaire qui alimente la cascade biophysique du sol : le carbone labile soutient la bouffée respiratoire microbienne et un priming effect sur la matière organique native. Les nécromasses et métabolites secondaires issus de cette activité empruntent la voie de la stabilisation organo-minérale (matière organique associée aux minéraux, MAOM) (Cotrufo et al., 2013), tandis qu’une fraction est ingérée par la mésofaune (collemboles, acariens) qui réagence les micro-habitats au sein des biopores façonnés par les lombriciens. En sculptant la composition du rhizobiome, les exsudats exercent une pression sélective qui module le résistome environnemental et relie fonctionnellement le continuum sol-plante-microbiome, de la porosité biologique à la nutrition minérale, illustrant le paradigme du Soil Continuum Model (Lehmann & Kleber, 2015).