Agrégation
L’agrégation désigne le processus biophysique par lequel les particules minérales primaires (sables, limons, argiles) s’assemblent en unités structurales hiérarchisées, ou agrégats, sous l’effet de forces de liaison supérieures à celles qui unissent les agrégats voisins (Dalal & Bridge, 2020 ; Lal, 2019). Ce phénomène est le moteur de l’architecture du sol : il crée un réseau complexe de pores qui régule la circulation de l’eau, la diffusion des gaz et l’habitat des micro-organismes. Loin d’être un simple processus physique, l’agrégation est intimement pilotée par le continuum sol-plante-microbiome. Les racines et les hyphès fongiques enlacent mécaniquement les particules tandis que les exsudats racinaires, les mucilages bactériens et les glycoprotéines (comme les protéines fongiques de type glomaline — GRSP, pool opérationnel plutôt que molécule unique) agissent comme des ciments organiques. Ces agents liants initient la formation de microagrégats stables dont la cohésion est renforcée par l’association intime entre argiles et matière organique nécromassique, un processus de stabilisation organo-minérale qui aboutit à la fraction fine du sol souvent qualifiée de matière organique associée aux minéraux (MAOM). À une échelle supérieure, les macroagrégats se forment autour de fragments de matière organique particulaire (POM) en décomposition, créant des microsites d’activité biologique intense où les cycles du carbone, de l’azote et du phosphore se couplent étroitement. La dynamique de l’agrégation reflète ainsi la stœchiométrie des ressources et l’activité photosynthétique qui alimente la rhizosphère en carbone labile. En retour, la structure agrégée protège physiquement le carbone organique de la minéralisation rapide et module le potentiel redox local, influençant la mobilité des nutriments et la cascade de réactions biogéochimiques qui traversent le sol vivant.