ASD : désinfection anaérobie du sol par biofumigation
La désinfection anaérobie du sol (ASD) est une technique de biofumigation alternative aux fumigants chimiques (bromure de méthyl, métam-sodium). Elle combine trois éléments : (1) incorporation de matière organique facilement décomposable (reste de culture frais, compost, fumier, ou lisier à forte dose), (2) irrigation saturante pour chasser l'oxygène, et (3) couverture imperméable (plastique) pendant 3-6 semaines en saison chaude.
Le mécanisme repose sur la fermentation anaérobie de la matière organique incorporée. En l'absence d'O₂, les microorganismes anaérobies produisent des composés toxiques : acides gras volatils (AGV) (acide acétique, butyrique, propionique), ammoniac (NH₃), composés phénoliques, et acides gras à chaîne courte (AGCC). Ces composés atteignent des concentrations létales pour les pathogènes telluriques (Fusarium, Verticillium, nématodes phytoparasites) tout en étant dégradés rapidement après la levée de la couverture (retour à l'aérobie).
L'ASD est sélective : elle préserve les organismes bénéfiques (Trichoderma, bactéries suppressives, mésofaune) mieux que la solarisation chimique. Elle améliore aussi la fertilité (apport de MO) et stimule la suppressivité du sol. Son adoption est mature en agriculture biologique méditerranéenne (Espagne, Italie, Californie) sur cultures maraîchères haute valeur (tomate, fraise, melon).
Les limites : coût de la matière organique (besoin de 20-40 t/ha), logistique de l'irrigation massive, fenêtre météo (besoin de températures sol >25°C pendant la période d'anaérobiose). En climat tempéré, l'ASD est moins efficace que la biosolarisation combinée (couverture transparente + chaleur solaire).