Décomposition
La décomposition désigne l’ensemble des processus biotiques et abiotiques de dégradation et transformation de la matière organique morte (résidus végétaux, cadavres animaux, exsudats racinaires) sous l’action des organismes du sol (Pellerin et al., 2021 [source non vérifiée]). Elle constitue un maillon central du cycle du carbone et du recyclage des nutriments (azote, phosphore, soufre). Les détritivores (faune épigée et endogée) fragmentent mécaniquement les substrats, augmentant leur surface accessible, tandis que les micro-organismes (bactéries, champignons) libèrent des enzymes extracellulaires qui hydrolysent les polymères complexes (cellulose, lignine, protéines) en monomères assimilables. Cette activité métabolique conduit à la minéralisation : une partie du carbone est respirée sous forme de CO₂, tandis que les éléments minéraux (NH₄⁺, PO₄³⁻) sont libérés dans la solution du sol et deviennent disponibles pour les plantes et le microbiome. La fraction du carbone non minéralisée est principalement incorporée dans la nécromasse microbienne et peut être stabilisée à long terme par association avec les surfaces minérales, formant la matière organique associée aux minéraux (MAOM). L’intensité de la décomposition dépend de la qualité chimique des litières (rapport C/N, teneur en lignine), des conditions pédoclimatiques (température, humidité, potentiel redox), et de la structure du sol (agrégation, porosité). En contexte anaérobie, la minéralisation est ralentie et produit des composés réduits (méthane, acides organiques). La décomposition est donc un régulateur clé de la fertilité des sols et de la séquestration du carbone. Elle interagit avec les grands cycles biogéochimiques : la minéralisation de l’azote organique alimente la nitrification, le phosphore organique libéré rejoint le pool adsorbé ou est prélevé par les mycorhizes, et le CO₂ émis peut précipiter sous forme de carbonates pédogéniques en milieu calcaire. Les modèles de dynamique du carbone (type AMG) intègrent la décomposition comme un flux de sortie proportionnel au stock de carbone organique, modulé par la stœchiométrie CNPS et les conditions environnementales.