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Le Sol Vivant

Fiche #11 Réfs. académiques (51) Doc(s) : S1

Le Soil Continuum Model — Fin du Paradigme de l'Humification

La gestion de la matière organique du sol est aujourd'hui reconnue comme un levier fondamental pour l'atténuation du changement climatique par la séquestration du carbone (C) et pour le maintien de la sécurité alimentaire mondiale. Cependant, la compréhension de la dynamique du carbone dans les sols a connu une révolution conceptuelle majeure au cours de la dernière décennie. Le paradigme historique, fondé sur le fractionnement chimique par extractionOpération de transfert sélectif d'un ou plusieurs composés d'une matrice solide ou liquide vers un solvant, fondée sur les différences d'affinité chimique (polarité, solubilité, constante diélectrique) ; en analyse des sols, étape préparatoire clé pour isoler et quantifier métabolites, contaminants organiques ou fractions de la matière organique avant analyse. → Vocabulaire alcaline (acides humiques et fulviques), est désormais considéré comme obsolète. Les recherches récentes confirment que ces « substances humiques » ne sont pas des composés naturels in situ, mais des artefacts résultant de la réorganisation aléatoire de molécules élémentaires lors des protocoles d'extraction (Khedim, 2022).
En remplacement, le Soil Continuum Model s'est imposé, décrivant la MOS comme un gradient continu de molécules en décomposition progressive, où la persistance du carbone n'est plus liée à une « récalcitrance chimique » intrinsèque, mais à une propriété de l'écosystème incluant l'accessibilité enzymatique et la protection physique (Harju et al., 2021 ; Samson, 2021). Ce nouveau cadre repose sur la distinction fonctionnelle entre deux compartiments clés : la matière organique particulaire et la matière organique associée aux minéraux.
Les avancées récentes (2023-2025) apportent des précisions cruciales sur ces fractions :

  • Origines et Stabilité : Si la MAOM est traditionnellement considérée comme d'origine microbienne (nécromasse) et la POM comme étant d'origine végétale, des études récentes montrent que la POM peut également être pilotée par l'activité microbienne et présenter une stabilité supérieure à celle de la MAOM dans certains contextes pédoclimatiques spécifiques (Peng et al., 2025).
  • Capacité de Stockage et Saturation : La MAOM possède une capacité de stockage finie, estimée entre 78 et 86 g C par kg de fraction fine (Cotrufo et al., 2023). Une fois ce seuil de saturation atteint, tout ajout supplémentaire de carbone s'accumule sous forme de POM, une fraction plus labile mais essentielle pour augmenter le stock total dans les sols déjà saturés en minéraux (Angst et al., 2023).
  • Indicateurs de Gestion : Le ratio de chargement en MAOM relatif à la surface minérale pourrait être un indicateur utile de la capacité d'un sol à augmenter davantage la MAOM (McNally et al., 2024).
    Ce document détaille les limites du fractionnement humique, expose les mécanismes du continuum de la matière organique, et analyse les interactions contrastées entre POM et MAOM. Enfin, il explore les implications pour une gestion régénérative, en soulignant l'importance de différencier les stratégies de gestion selon l'état de saturation des sols.

Résumé

Ce document présente une synthèse des avancées majeures dans la compréhension de la dynamique du carbone organique du sol, marquant le passage des théories de l'humification vers le Soil Continuum Model (Lehmann & Kleber, 2015). Les recherches récentes confirment que les « substances humiques » extraites par voie alcaline sont des artefacts de laboratoire (Derrien et al., 2023 ; Khedim, 2022). À l'inverse, le carbone est désormais compris comme un gradient continu de molécules, dont la persistanceDurée pendant laquelle une substance (pesticide, composé organique) conserve son intégrité moléculaire et ses propriétés fonctionnelles dans le sol avant d'être transformée ou transportée (Pérez-Lucas et al., 2019; Redman et al., 2021). Elle est évaluée par le temps de demi-vie (DT₅₀) et dépend à la fois de propriétés intrinsèques au composé et de facteurs environnementaux comme la température ou l'activité microbienne (“4. Gemeinsame Jahrestagung Der GDCh-Fachgruppe Umweltchemie Und Ökotoxikologie Und Der SETAC GLB,” 2010; Mamy et al., 2014; Narain-Ford et al., 2022) → Vocabulaire est une propriété de l'écosystème plutôt qu'une caractéristique intrinsèque (Schmidt et al., 2011).
Le cadre analytique repose désormais sur la distinction entre deux fractions fonctionnelles :

  • La MAOM : Issue principalement de la nécromasse microbienne, elle est stabilisée par des liaisons chimiques fortes sur les surfaces minérales (Islam et al., 2022). Sa capacité de stockage est toutefois limitée par un seuil de saturation (Cotrufo et al., 2023).
  • La POM : Constituée de résidus végétaux fragmentés, elle bénéficie d'une protection physique au sein des agrégats (Fouché et al., 2023). Bien que plus labile, elle constitue un levier d'accumulation de carbone dans les sols déjà saturés en minéraux (Angst et al., 2023).
    Les implications pour la gestion régénérative sont cruciales : la séquestration durable doit être guidée par le déficit de saturation du sol (Breure et al., 2025 ; Kögel-Knabner et al., 2022). Les sols présentant un fort déficit doivent être gérés pour maximiser la formation de MAOM via la pompe microbienne (Vogel et al., 2024), tandis que les sols proches de la saturation requièrent une gestion axée sur la POM structurelle (Angst et al., 2023). L'intégration de modèles continus et de diagnostics à l'échelle de la parcelle, basés sur la surface minérale spécifique, permet d'optimiser les politiques de stockage du carbone (McNally et al., 2024).

L'artefact d'extraction alcaline

Pendant plus de deux siècles, la compréhension de la matière organique du sol a reposé sur l'utilisation de solutions alcalines fortes (principalement l'hydroxyde de sodium, NaOH) pour extraire ce que l'on nommait les « substances humiques » (acides humiques, acides fulviques et humines) (Khedim, 2022). Cependant, les recherches récentes (2023) confirment que ce cadre théorique est fondé sur un artefact méthodologique majeur (Derrien et al., 2023).

Des assemblages supramoléculaires artificiels

L'utilisation de protocoles d'extractionOpération de transfert sélectif d'un ou plusieurs composés d'une matrice solide ou liquide vers un solvant, fondée sur les différences d'affinité chimique (polarité, solubilité, constante diélectrique) ; en analyse des sols, étape préparatoire clé pour isoler et quantifier métabolites, contaminants organiques ou fractions de la matière organique avant analyse. → Vocabulaire à pH élevé induit des conditions chimiques extrêmes qui ne se rencontrent jamais in situ dans les sols naturels (Derrien et al., 2023). Ce processus provoque :

  • Une ionisation exagérée : L'alcalinisation force l'ionisation de composés qui ne se dissocieraient normalement pas dans la gamme de pH réelle du sol, créant des isolats dont la réactivité chimique est artificiellement augmentée (Khedim, 2022).
  • La formation d'agrégats fortuits : Sous ces conditions spécifiques, des molécules élémentaires de petite taille se réorganisent de manière aléatoire pour former des assemblages supramoléculaires complexes (Khedim, 2022). Ces structures, perçues historiquement comme de grands polymères naturels, sont en réalité des produits dérivés de l'extraction elle-même.

L'absence de preuves in situ

Malgré le développement de techniques de spectroscopie à résolution ultra-fine, aucune étude récente n'a pu prouver l'existence de ces polymères complexes directement au sein de la matrice du sol (Derrien et al., 2023).

  • Invisibilité spectroscopique : Les méthodes modernes n'ont jamais mis en évidence les « substances humiques » telles que définies il y a cinquante ans dans leur état naturel (Khedim, 2022).
  • Incohérence énergétique : Le coût thermodynamique pour que des décomposeurs microbiens condensent de telles structures complexes serait trop élevé, rendant leur formation biologique improbable (Derrien et al., 2023).

Vers un nouveau paradigme : du polymère au continuum

L'idée que la MOS est composée de molécules chimiquement récalcitrantes (humifiées) est aujourd'hui remplacée par le Soil Continuum Model. Dans ce modèle, la persistance du carboneDurée pendant laquelle le carbone organique reste stocké dans le sol avant d'être minéralisé et relâché sous forme de CO₂ (Dignac et al., 2017; Keiluweit et al., 2017). La persistance n'est pas seulement due à la structure chimique des molécules (récalcitrance), mais dépend de mécanismes de stabilisation tels que la protection physique dans les agrégats, l'adsorption sur les minéraux et la présence de micro-sites anaérobies qui ralentissent le métabolisme microbien (Basile-Doelsch et al., 2020; Keiluweit et al., 2017; Rowley et al., 2017). Elle est un enjeu majeur pour les stratégies d'atténuation du changement climatique comme l'initiative "4 pour 1000" (Dignac et al., 2017; Pellerin et al., 2020). → Vocabulaire ne dépend pas d'une structure moléculaire complexe créée par condensation, mais de la protection physique offerte par la structure du sol et de l'accessibilité des substrats pour les micro-organismes (Derrien et al., 2023).
Bien que certains défenseurs de la théorie de la condensation existent encore, arguant que des structures complexes pourraient se former via des espèces réactives de l'oxygène ou des phases minérales spécifiques, le consensus scientifique actuel privilégie la vision d'un continuum de molécules en décomposition progressive (Derrien et al., 2023).

Le continuum de matière organique

Le Soil Continuum Model, proposé initialement pour rompre avec la vision statique des substances humiques (Lehmann & Kleber, 2015), est décrit comme un gradient ininterrompu de décomposition, de fragmentation et de complexation. Contrairement aux anciens modèles, la persistance du carboneDurée pendant laquelle le carbone organique reste stocké dans le sol avant d'être minéralisé et relâché sous forme de CO₂ (Dignac et al., 2017; Keiluweit et al., 2017). La persistance n'est pas seulement due à la structure chimique des molécules (récalcitrance), mais dépend de mécanismes de stabilisation tels que la protection physique dans les agrégats, l'adsorption sur les minéraux et la présence de micro-sites anaérobies qui ralentissent le métabolisme microbien (Basile-Doelsch et al., 2020; Keiluweit et al., 2017; Rowley et al., 2017). Elle est un enjeu majeur pour les stratégies d'atténuation du changement climatique comme l'initiative "4 pour 1000" (Dignac et al., 2017; Pellerin et al., 2020). → Vocabulaire n'est plus vue comme une « destination » finale (humification), mais comme un état transitoire dicté par des propriétés de l'écosystème (Schmidt et al., 2011).

Un gradient de simplification moléculaire

La dynamique de la matière organique est désormais perçue comme un flux continu où les résidus végétaux subissent une transformation progressive :

  • Fragmentation et oxydation : Les micro-organismes fragmentent mécaniquement et simplifient chimiquement les macrodébris végétaux (Schmidt et al., 2011). Ce processus réduit la taille des molécules par fragmentation et dépolymérisation, augmentant ainsi l'accessibilité microbienne.
  • Transition POM vers MAOM : Les recherches récentes soulignent que ce continuum se manifeste par le passage de débris identifiables à des molécules de petite taille qui finissent par se lier aux surfaces minérales. Ce flux n'est pas linéaire mais dépend fortement de la « capacité de filtrage » microbien de l'écosystème.

Modélisation et stabilité

Des cadres de modélisation innovants comme C-STABILITY exploitent aujourd'hui cette représentation continue pour mieux prédire la stabilité du carbone (Sainte-Marie et al., 2021).

  • Au-delà des compartiments rigides : Au lieu de diviser le carbone en réservoirs isolés avec des temps de résidenceDurée moyenne pendant laquelle un atome (notamment le carbone) séjourne dans un compartiment d'un écosystème avant d'être exporté, définie par le ratio entre la taille du pool et le flux net (Chenu & Plante, 2006). Le temps de résidence du carbone est prolongé par la stabilisation de la matière organique via des interactions organo-minérales et la sorption sur les minéraux, pouvant atteindre des échelles millénaires (Chenu & Plante, 2006; Dignac et al., 2017) → Vocabulaire fixes, ces modèles traitent la MOS comme un spectre de molécules ayant des affinités variables pour les minéraux (Sainte-Marie et al., 2021).
  • L'accessibilité enzymatique : La persistance dans le continuum est principalement régie par l'accessibilité spatiale. Une molécule simple peut persister des siècles si elle est piégée dans un micro-agrégat ou adsorbée sur une argile, alors qu'une molécule complexe peut être dégradée rapidement si elle est exposée (Schmidt et al., 2011 ; Witzgall et al., 2021).

Dynamiques spécifiques en conditions extrêmes

Des études récentes sur les sols de montagne démontrent que le continuum est fortement influencé par le climat. Dans ces environnements, la vitesse de progression le long du continuum est ralentie par les basses températures, ce qui conduit à une accumulation de composés intermédiaires qui seraient normalement transformés plus rapidement en plaine (Bonfanti et al., 2025). Cela confirme que le continuum n'est pas seulement une série de réactions chimiques, mais un processus biologique modulé par les contraintes environnementales.

POM vs MAOM : deux fractions, deux protections

La recherche contemporaine a délaissé les catégories chimiques classiques au profit d'une distinction fonctionnelle basée sur les mécanismes de protection physiqueMécanisme de stabilisation de la matière organique dans le sol par occlusion à l'intérieur des agrégats, où elle devient physiquement inaccessible aux enzymes microbiennes extracellulaires. Cette séquestration spatiale explique la persistance pluridécennale, voire pluriséculaire, de certaines fractions du carbone organique, indépendamment de leur récalcitrance biochimique intrinsèque. → Vocabulaire et physico-chimique (Vogel et al., 2024). Cette approche sépare la MOS en deux réservoirs principaux : la matière organique particulaire (POM) et la matière organique associée aux minéraux (MAOM), qui diffèrent fondamentalement par leur formation, leur persistance et leur rôle écologique (Jiang et al., 2024).

La POM : protection physique et récalcitrance structurelle

La POM est principalement constituée de fragments végétaux peu décomposés et de débris cellulaires de grande taille (Jiang et al., 2024).

  • Mécanismes de protection : Sa persistanceDurée pendant laquelle une substance (pesticide, composé organique) conserve son intégrité moléculaire et ses propriétés fonctionnelles dans le sol avant d'être transformée ou transportée (Pérez-Lucas et al., 2019; Redman et al., 2021). Elle est évaluée par le temps de demi-vie (DT₅₀) et dépend à la fois de propriétés intrinsèques au composé et de facteurs environnementaux comme la température ou l'activité microbienne (“4. Gemeinsame Jahrestagung Der GDCh-Fachgruppe Umweltchemie Und Ökotoxikologie Und Der SETAC GLB,” 2010; Mamy et al., 2014; Narain-Ford et al., 2022) → Vocabulaire dans le sol dépend de deux facteurs : l'occlusion physique au sein des agrégats (qui empêche l'accès des enzymes microbiennes) (Schiebelbein et al., 2023) et la complexité structurelle des composés végétaux (ex. : lignine). Ces structures nécessitent une énergie d'activation plus élevée pour être dégradées par rapport aux molécules simples de la MAOM (Islam et al., 2022).
  • Vulnérabilité et diagnostic : Étant moins intimement liée à la matrice minérale, la POM est extrêmement sensible aux perturbations anthropiques comme le labour, qui détruit les agrégats protecteurs (Schiebelbein et al., 2023). Elle est aujourd'hui utilisée comme un indicateur précoce et sensible de la réponse des sols aux changements de gestion agricole (Leuthold et al., 2024).

La MAOM : protection physico-chimique et stabilité séculaire

La MAOM regroupe des molécules organiques de petite taille, souvent issues de la transformation microbienne (nécromasseEnsemble des résidus d'organismes morts (plantes, animaux, micro-organismes) présents dans un écosystème. La nécromasse microbienne (notamment fongique) constitue une proportion significative de la matière organique du sol (jusqu'à 62 %) et joue un rôle prépondérant dans la stabilisation du carbone et le recyclage des nutriments (Kästner et al., 2021; Le Carbone Au Cœur Du Fonctionnement Microbien Des Sols : Comprendre et Piloter Les Interactions MOS-Communautés Microbiennes Pour Renforcer La Disponibilité et l’efficience d’utilisation Des Éléments Minéraux (N et S) Dans Les Agroécosystèmes, 2020; Louis, 2016) → Vocabulaire), qui interagissent directement avec les phases minérales du sol (Islam et al., 2022).

  • Mécanismes de protection : La protection est assurée par des liaisons chimiques fortes (adsorption, échanges d'ions, liaisons hydrogène) sur les surfaces des argiles et des oxydes métalliques (Carvalho et al., 2023). Cette adsorption limite drastiquement l'accessibilité du carbone pour les micro-organismes, prolongeant son temps de résidence jusqu'à des siècles, voire des millénaires (Fouché et al., 2023).
  • Importance quantitative : Dans les sols agricoles mondiaux, la MAOM représente le réservoir dominant, stockant la majeure partie du carbone organique total (Lavallee et al., 2019 ; Cotrufo et al., 2022).

Synthèse comparative des deux fractions

Le tableau ci-dessous résume les distinctions clés établies par les recherches récentes (2022-2024) :

Caractéristique POM MAOM
Origine dominante Résidus végétaux (fragments) (Derrien et al., 2023) Nécromasse microbienneRésidus issus de la mort des micro-organismes (bactéries et champignons), incluant les parois cellulaires, les débris cytosoliques et les substances polymériques extracellulaires (Wang et al., 2023). Elle constitue une fraction majeure du carbone organique stable du sol (jusqu'à 50-80 %), dépassant largement en quantité la biomasse microbienne vivante qui ne représente que 2 à 4 % de la matière organique totale (Kästner et al., 2021; Miltner & Kästner, 2020; Vidal, 2016) → Vocabulaire (Fouché et al., 2023)
Mode de protection Occlusion physique (agrégats) (Fouché et al., 2023) Liaison chimique (surfaces) (Islam et al., 2022)
Temps de résidence Court à moyen (années/décennies) (Semenov et al., 2023) Long (siècles/millénaires) (Fouché et al., 2023)
Rôle fonctionnel Flux de nutriments et fertilité (Zhao et al., 2021) Séquestration stable du carbone (Islam et al., 2022)
Sensibilité au labour Très élevée (dégradation rapide) (Zhao et al., 2021) Faible (protection minérale) (Just et al., 2021)
Cette dualité est désormais le pilier des stratégies de gestion : alors que la MAOM est la cible prioritaire pour la séquestration durable du carbone (Islam et al., 2022), la POM est essentielle pour maintenir la dynamique biologique à court terme (Zhao et al., 2021).

Origine microbienne de la MAOM et nécromasse

L'un des changements de paradigme les plus importants de ces dernières années réside dans la reconnaissance de la nécromasse microbienneRésidus issus de la mort des micro-organismes (bactéries et champignons), incluant les parois cellulaires, les débris cytosoliques et les substances polymériques extracellulaires (Wang et al., 2023). Elle constitue une fraction majeure du carbone organique stable du sol (jusqu'à 50-80 %), dépassant largement en quantité la biomasse microbienne vivante qui ne représente que 2 à 4 % de la matière organique totale (Kästner et al., 2021; Miltner & Kästner, 2020; Vidal, 2016) → Vocabulaire (débris de cellules mortes) comme source significative de la matière organique associée aux minéraux (Jia et al., 2025). Les résidus issus de leur renouvellement constituent entre 15 % et 80 % du stock total de carbone (Koptsik et al., 2023).

La "Pompe à Carbone Microbienne"

Le processus de formation de la MAOM suit un cycle où les micro-organismes transforment les intrants végétaux (litière, rhizodépositions) en biomasse, laquelle se stabilise ensuite sur les surfaces minérales après la mort cellulaire :

  • Affinité physico-chimique : Les molécules biosynthétisées par les microbes (protéines, sucres aminés) possèdent une forte affinité pour les phases minérales protectrices par rapport aux composés végétaux originels (Derrien et al., 2023).
  • Efficacité de transfert : Des études récentes utilisant du glucose marqué (13C) montrent qu'environ 89 % du carbone microbien retenu dans le sol se retrouve dans la fraction MAOM fine (< 53 μm) en seulement un an (Zhao et al., 2025).
  • Points chauds de stabilisation : Les surfaces minérales agissent comme des points chauds de croissance microbienne et des lieux de préservation de la nécromasse microbienneRésidus issus de la mort des micro-organismes (bactéries et champignons), incluant les parois cellulaires, les débris cytosoliques et les substances polymériques extracellulaires (Wang et al., 2023). Elle constitue une fraction majeure du carbone organique stable du sol (jusqu'à 50-80 %), dépassant largement en quantité la biomasse microbienne vivante qui ne représente que 2 à 4 % de la matière organique totale (Kästner et al., 2021; Miltner & Kästner, 2020; Vidal, 2016) → Vocabulaire, ce qui les rend moins accessibles aux enzymes de décomposition (Derrien et al., 2023).

Le rôle déterminant des minéraux

La capacité du sol à accumuler cette nécromasseEnsemble des résidus d'organismes morts (plantes, animaux, micro-organismes) présents dans un écosystème. La nécromasse microbienne (notamment fongique) constitue une proportion significative de la matière organique du sol (jusqu'à 62 %) et joue un rôle prépondérant dans la stabilisation du carbone et le recyclage des nutriments (Kästner et al., 2021; Le Carbone Au Cœur Du Fonctionnement Microbien Des Sols : Comprendre et Piloter Les Interactions MOS-Communautés Microbiennes Pour Renforcer La Disponibilité et l’efficience d’utilisation Des Éléments Minéraux (N et S) Dans Les Agroécosystèmes, 2020; Louis, 2016) → Vocabulaire dépend étroitement de sa minéralogie (Zhao et al., 2025). La fraction légère de la MAOM, riche en minéraux de fer mal cristallisés, a stocké 4,3 fois plus de carbone microbien récent que la fraction lourde dominée par les phyllosilicates (Zhao et al., 2025). La texture du sol joue également un rôle : les sols limoneux présentent une accumulation de nécromasse nettement supérieure aux sols sableux (Zhao et al., 2025).

Nuance : la contribution végétale directe

Bien que l'origine microbienne soit prédominante dans de nombreux modèles, des travaux de synthèse récents apportent une nuance importante. En utilisant des approches stoechiométriques, certains chercheurs estiment que la contribution microbienne à la MAOM se situe entre 34 % et 47 %, tandis que les résidus végétaux (sous forme de molécules solubles ou fragmentées) pourraient contribuer pour 53 % à 66 % (Chang et al., 2023). Cette découverte suggère que la MAOM ne résulte pas d'une voie unique, mais d'une combinaison de flux microbiens et de transferts directs de molécules végétales.

Saturation MAOM et plafond de stockage

Contrairement à la matière organique particulaire, qui peut théoriquement s'accumuler de manière linéaire en fonction des apports de biomasse, la matière organique associée aux minérauxFraction de la matière organique liée à la phase minérale du sol, souvent issue de la biotransformation microbienne (Jabiol et al., 2009; Pellerin et al., 2021). Ces composés stabilisés jouent un rôle central dans la séquestration à long terme du carbone et l'efficience d'utilisation du carbone par les micro-organismes (Pellerin et al., 2021; Piutti, 2020) → Vocabulaire (MAOM) est soumise à un phénomène de saturation (Carvalho et al., 2023). Ce concept repose sur la finitude des sites de liaison réactifs à la surface des minéraux (argiles et oxydes) (Carvalho et al., 2023).

Quantification du plafond de stockage

Les recherches récentes ont permis de mieux quantifier ce « plafond » de carbone stabilisé :

  • Capacité massique : La capacité maximale de stockage de la MAOM est aujourd'hui estimée entre 78 et 86 g de carbone par kg de fraction fine (< 53 μm) (Cotrufo et al., 2023). Au-delà de ce seuil, les nouvelles molécules organiques ne parviennent plus à se lier aux minéraux et restent sous forme libre ou particulaire.
  • Indice de charge de surface : Un indicateur plus précis est le rapport entre le carbone associé aux minéraux et la surface spécifique minérale (MAOC/Am). On considère qu'un sol atteint sa saturationÉtat d'un profil de sol lorsque toute sa porosité est occupée par l'eau, excluant ainsi la phase gazeuse (Carluer et al., 2011; Río et al., 2024). En période de saturation, le drainage et le ruissellement sont à leur maximum, favorisant les transferts rapides de contaminants vers les eaux de surface (Adoir et al., 2018; Bockstaller et al., 2017) → Vocabulaire lorsque la charge dépasse 1,0 mg C par m² de surface minérale (McNally et al., 2024).

Le déficit de saturation : un levier de gestion

Le potentiel de séquestration d'un sol est désormais défini par son déficit de saturationDifférence entre la pression de vapeur d'eau à saturation et la pression de vapeur réelle de l'air à une température donnée (Jauregui et al., 2018; Shamshiri et al., 2018). Également nommé déficit de pression de vapeur, il représente la force motrice de la transpiration ; un déficit élevé accroît la demande évaporative, forçant souvent la fermeture des stomates pour limiter le stress hydrique (Çaylı & BAYTORUN, 2021; Devi & Reddy, 2018; Thongnim & Srinil, 2025) → Vocabulaire, soit la différence entre sa capacité maximale théorique et son stock actuel de MAOM (Breure et al., 2025).

  • Sols à fort potentiel : Les sols dégradés ou intensivement cultivés présentent souvent un déficit important, ce qui en fait des cibles prioritaires pour les politiques de stockage durable du carbone (Spertus et al., 2024).
  • Sols saturés : Dans les prairies permanentes ou les forêts anciennes, la MAOM est souvent proche de sa limite. Dans ces contextes, l'ajout de carbone supplémentaire ne se traduira pas par un stockage à long terme dans la fraction stable, mais par une accumulation de POM (Derrien et al., 2023).

Capacité théorique vs capacité effective

Une distinction cruciale a été introduite en 2025 : la capacité effective de stockage (Breure et al., 2025). Même si un sol possède des surfaces minérales disponibles, des contraintes écosystémiques (pH, climat, composition du microbiome) peuvent empêcher d'atteindre le plafond théorique (Breure et al., 2025). Par exemple, une faible productivité végétale ou une activité microbienne limitée peuvent maintenir un sol bien en dessous de sa capacité de saturationÉtat d'un profil de sol lorsque toute sa porosité est occupée par l'eau, excluant ainsi la phase gazeuse (Carluer et al., 2011; Río et al., 2024). En période de saturation, le drainage et le ruissellement sont à leur maximum, favorisant les transferts rapides de contaminants vers les eaux de surface (Adoir et al., 2018; Bockstaller et al., 2017) → Vocabulaire minérale, limitant ainsi l'efficacité des pratiques de stockage (Palma et al., 2025).

Conséquence de la saturation : le basculement vers la POM

Une fois le réservoir MAOM saturé, le système change de comportement. L'efficacité de sa formation chute drastiquement (Angst et al., 2023). Tout carbone additionnel s'accumule alors sous forme de POM, qui, bien que plus labile et sensible aux perturbations (travail du sol, changement climatique), devient le seul vecteur d'augmentation du stock total de carbone (Derrien et al., 2023).

Implications pour la gestion régénérative du carbone

La transition vers une agriculture régénérative nécessite de passer d'une gestion globale du carbone à une approche différenciée selon les fractions POM et MAOM (Angst et al., 2023). Des recherches menées en 2024-2025 soulignent que l'efficacité des pratiques de séquestration dépend directement de l'état de saturationÉtat d'un profil de sol lorsque toute sa porosité est occupée par l'eau, excluant ainsi la phase gazeuse (Carluer et al., 2011; Río et al., 2024). En période de saturation, le drainage et le ruissellement sont à leur maximum, favorisant les transferts rapides de contaminants vers les eaux de surface (Adoir et al., 2018; Bockstaller et al., 2017) → Vocabulaire minérale initial du sol (Breure et al., 2025).

Stratégie pour les sols non saturés : Priorité à la MAOM

Dans les sols présentant un fort déficit de saturationDifférence entre la pression de vapeur d'eau à saturation et la pression de vapeur réelle de l'air à une température donnée (Jauregui et al., 2018; Shamshiri et al., 2018). Également nommé déficit de pression de vapeur, il représente la force motrice de la transpiration ; un déficit élevé accroît la demande évaporative, forçant souvent la fermeture des stomates pour limiter le stress hydrique (Çaylı & BAYTORUN, 2021; Devi & Reddy, 2018; Thongnim & Srinil, 2025) → Vocabulaire, l'objectif prioritaire est la formation de MAOM pour un stockage stable à long terme (Breure et al., 2025).

  • Optimisation de la "Pompe Microbienne" : Il est recommandé de privilégier des intrants à faible rapport C:N (ex. : couverts de légumineuses, fumiers compostés) qui favorisent l'efficacité de l'utilisation du carbone par les microbes et la production de nécromasse stabilisable (Amin et al., 2023).
  • Ciblage des horizons profonds : Les sous-sols (au-delà de 30 cm) présentent souvent un déficit de saturation très élevé par rapport à la surface (Martín et al., 2022). L'intégration de cultures à racines profondes peut permettre d'exploiter cette capacité de stockage minéral inoccupée (Salonen et al., 2023).

Stratégie pour les sols saturés : Gestion de la POM

Lorsque la MAOM approche de son plafond (78-86 g C/kg de fraction fine), le sol ne peut plus stabiliser de carbone de façon permanente sur ses minéraux (Cotrufo et al., 2023).

  • Accumulation de POM structurelle : Dans ce contexte, la gestion doit se concentrer sur l'accumulation de POM via des résidus plus riches en lignine et des pratiques de non-labour strictes (Ma et al., 2025). Bien que plus labile, cette POM est un moyen essentiel d'augmenter le stock total de carbone au-delà du seuil de saturationÉtat d'un profil de sol lorsque toute sa porosité est occupée par l'eau, excluant ainsi la phase gazeuse (Carluer et al., 2011; Río et al., 2024). En période de saturation, le drainage et le ruissellement sont à leur maximum, favorisant les transferts rapides de contaminants vers les eaux de surface (Adoir et al., 2018; Bockstaller et al., 2017) → Vocabulaire minérale (Derrien et al., 2023).
  • Vulnérabilité accrue : Les gestionnaires doivent être conscients que ce carbone supplémentaire est plus sensible à l'oxydation et aux perturbations. Sa persistance dépend en partie du maintien de la structure des agrégats (Maenhout et al., 2021).

Vers une gestion multi-réservoirs

Le cadre conceptuel du multi-pool management est présenté (Angst et al., 2023) :

  • Diagnostic par le déficit de saturationDifférence entre la pression de vapeur d'eau à saturation et la pression de vapeur réelle de l'air à une température donnée (Jauregui et al., 2018; Shamshiri et al., 2018). Également nommé déficit de pression de vapeur, il représente la force motrice de la transpiration ; un déficit élevé accroît la demande évaporative, forçant souvent la fermeture des stomates pour limiter le stress hydrique (Çaylı & BAYTORUN, 2021; Devi & Reddy, 2018; Thongnim & Srinil, 2025) → Vocabulaire : Utiliser des cartes de potentiel de saturation pour allouer les subventions carbone là où le potentiel de stockage stable est le plus élevé (Georgiou et al., 2022 ; Rossel et al., 2023).
  • Diversification des intrants : Combiner des résidus labiles (pour alimenter la MAOM) et des résidus structurels (pour construire la POM) peut maximiser la résilience du système (Freitas et al., 2023).
  • Indicateurs de risque : Utiliser l'indice de saturation comme un indicateur de risque de perte de carbone : un sol saturé est un sol dont le carbone est "en sursis", nécessitant une protection physique constante (Breure et al., 2025).

Synthèse pour le décideur

État du sol Objectif principal Pratique recommandée Stabilité du carbone
Fort déficit de MAOM Séquestration stable Couverts de légumineuses, apports organiques fréquents (Wang et al., 2025) Très élevée (siècles) (Fouché et al., 2023)
Proche de la saturationÉtat d'un profil de sol lorsque toute sa porosité est occupée par l'eau, excluant ainsi la phase gazeuse (Carluer et al., 2011; Río et al., 2024). En période de saturation, le drainage et le ruissellement sont à leur maximum, favorisant les transferts rapides de contaminants vers les eaux de surface (Adoir et al., 2018; Bockstaller et al., 2017) → Vocabulaire Augmentation du stock total Non-labour, diversification des cultures (Gonzalez-Maldonado et al., 2025) Modérée à faible (sensible au labour) (Aguilera-Huertas et al., 2022)