Cultures associées (intercropping) — principe, complémentarité et conduite
Associer plusieurs espèces végétales sur une même parcelle — pratique désignée sous le terme de cultures associéesPratique consistant à cultiver simultanément plusieurs espèces végétales (ex: riz-poisson, agroforesterie) sur une même parcelle pour favoriser les synergies biologiques et optimiser l'acquisition des nutriments (Tallou et al., 2026). Ces systèmes de co-culture améliorent la résilience face au climat en renforçant les interactions symbiotiques et la santé globale de la rhizosphère (Hubert, 2017; Tallou et al., 2026) → Vocabulaire ou d’intercropping — constitue l’une des plus anciennes formes d’intensification écologique. Le principe fondateur est de faire coexister des plantes dont les besoins en ressources (lumière, eau, azote, phosphore) sont partiellement décalés dans le temps ou dans l’espace, de manière à ce qu’elles exploitent ces ressources de façon complémentaire plutôt que de s’engager dans une compétition frontale. Cette logique d’usage partagé des ressources, lorsqu’elle est bien maîtrisée, se traduit par une productivité totale du mélange supérieure à celle des cultures pures de chaque espèce prise séparément. L’indicateur agronomique de référence est le ratio de surface équivalente, ou Land Equivalent Ratio (LER) : un LER supérieur à 1 signifie qu’il faudrait davantage de surface en cultures pures pour obtenir le même rendement que celui de l’association. Dans les systèmes céréales-légumineuses en conditions tempérées, le LER atteint couramment 1,2 à 1,3, traduisant un gain d’efficacité surfacique de 20 à 30 % (Brooker et al., 2015 ; Duchêne et al., 2017).
Ces performances reposent sur deux mécanismes écologiques distincts, bien que souvent intriqués dans les couverts réels. D’une part, la complémentarité de niche résulte de différences intrinsèques entre espèces dans l’architecture aérienne et racinaire, la phénologie ou les préférences pour certaines formes d’azote minéral (NH₄⁺ vs NO₃⁻), ce qui atténue le recouvrement des niches et donc la compétition (Justes et al., 2021). D’autre part, la facilitation interspécifique se manifeste quand une espèce modifie son environnement immédiat — par exemple en solubilisant du phosphore dans la rhizosphère ou en hébergeant des bactéries fixatrices d’azote atmosphérique — au bénéfice de l’espèce compagne (Brooker et al., 2021 ; Schwerdtner & Spohn, 2022). Ces deux ressorts, détaillés dans les sections centrales de la fiche, sous-tendent la diversité des associations pratiquées : mélanges simultanés en ligne ou en bandes alternées, cultures relais où une espèce est semée dans une autre déjà installée, ou encore associations à visée de service (plantes pièges, répulsives) insérées dans la culture principale.
Les bénéfices enregistrés ne se limitent pas au rendement : le partage de l’azote entre céréale et légumineuse, via l’épargne de l’azote minéral du sol par la légumineuse ou le transfert direct d’azote fixé par décomposition des nodosités et exsudation racinaire, est un service écosystémique majeur (Guinet et al., 2019 ; Jensen et al., 2020). De même, la continuité de la couverture végétale et la diversité des exsudats racinaires stimulent les réseaux mycorhiziens communs, qui redistribuent l’eau et les nutriments entre plantes, et participent à la régulation des bioagresseurs par des effets push-pull (Hawes et al., 2021 ; Xu & Liu, 2024). Ces bénéfices médiés par le sol sont situés dans la quatrième partie de cette fiche, mais leur traitement approfondi fait l’objet de contributions spécifiques au sein de cet ouvrage, consacrées respectivement aux symbioses fixatrices d’azote, aux réseaux mycéliens et à la protection intégrée des cultures.
La présente fiche se concentre donc sur l’armature conceptuelle et opérationnelle des cultures associées. Elle définit d’abord les principales formes d’associations et leur logique agronomique (section 1), avant d’explorer en profondeur les mécanismes de complémentarité de niche — spatiale, temporelle et fonctionnelle — (section 2) puis la facilitation interspécifique, en insistant sur les processus rhizosphériques et la signalisation plante-plante (section 3). La quatrième section rappelle les services écosystémiques portés par le sol en lien avec les associations, tout en renvoyant aux fiches spécialisées pour leur description détaillée. Enfin, la conduite pratique est abordée sous l’angle de la performance conditionnelle : compatibilité des espèces, densité de semis optimale, adaptation de la mécanisation et équilibre entre compétition et facilitation (section 5). L’enjeu n’est pas de prescrire un itinéraire technique figé — chaque couple d’espèces appelle un ajustement local — mais de fournir les clés d’une analyse systémique du peuplement végétal, où le sol vivant opère comme un médiateur central des interactions entre partenaires (Brooker et al., 2015 ; Coulis et al., 2022).
Résumé
Les cultures associéesPratique consistant à cultiver simultanément plusieurs espèces végétales (ex: riz-poisson, agroforesterie) sur une même parcelle pour favoriser les synergies biologiques et optimiser l'acquisition des nutriments (Tallou et al., 2026). Ces systèmes de co-culture améliorent la résilience face au climat en renforçant les interactions symbiotiques et la santé globale de la rhizosphère (Hubert, 2017; Tallou et al., 2026) → Vocabulaire exploitent la coexistence d’espèces aux niches complémentaires pour intensifier l’usage des ressources par unité de surface. Leur avantage productif se quantifie par le Land Equivalent Ratio (LER), qui exprime la superficie nécessaire en culture pure pour obtenir le même rendement que l’association. En systèmes tempérés, les associations céréales–légumineuses atteignent couramment des LER de 1,2 à 1,3, soit un gain d’efficacité d’utilisation des ressources de 20 à 30 % (Brooker et al., 2015 ; Jensen et al., 2020). Cette performance repose sur deux piliers écologiques : la complémentarité de niche et la facilitation interspécifique.
La complémentarité de niche opère lorsque les partenaires mobilisent des ressources dans des compartiments distincts : racines profondes vs superficielles (complémentarité spatiale), phénologies décalées (complémentarité temporelle) ou architectures foliaires stratifiées (complémentarité lumineuse) (Duchêne et al., 2017 ; Engbersen et al., 2021). La facilitation, quant à elle, correspond à une espèce qui améliore activement l’accès de sa voisine à un facteur limitant — par exemple, une légumineuse acidifiant sa rhizosphère mobilise du phosphore peu disponible qui profite à la céréale associée (Schwerdtner & Spohn, 2022), ou les exsudats racinaires d’une espèce modifient le microbiote au bénéfice de l’autre. À ces ressorts s’ajoutent des services écosystémiques relayés par le sol : l’épargne et le transfert d’azote des légumineuses, le partage des réseaux mycorhiziens, et la réduction des bioagresseurs par diversification des stimuli — mécanismes approfondis dans des fiches dédiées.
La réussite d’une association n’est toutefois pas automatique. Elle est conditionnée par la compatibilité des espèces, le choix des densités et la maîtrise d’une conduite technique souvent plus exigeante que la monoculture, en particulier pour la mécanisation (Guinet et al., 2019). L’association relève ainsi davantage d’une ingénierie de la complémentarité que d’une simple juxtaposition d’espèces (Brooker et al., 2015).
Le principe et ses formes
L’association de cultures, ou intercropping, désigne la conduite simultanée d’au moins deux espèces sur une même parcelle pendant une phase significative de leur cycle. Loin d’être une simple juxtaposition, cette pratique repose sur un principe directeur unique : maximiser la complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire d’usage des ressources (lumière, eau, azote, phosphore) tout en minimisant la compétition interspécifique. La compétition surgit inévitablement dès lors que deux espèces prélèvent la même ressource limitante au même moment et dans la même strate ; la complémentarité, à l’inverse, exploite des décalages spatiaux, temporels ou physiologiques qui réduisent ce chevauchement de niches (Justes et al., 2021). Cette stratégie s’inscrit dans les principes d’intensification écologique en réhabilitant des interactions positives entre plantes, trop longtemps négligées par les systèmes monospécifiques (Duchêne et al., 2017).
L’intérêt agronomique se mesure classiquement par le Land Equivalent Ratio (LER), qui additionne, pour chaque espèce, le rapport entre son rendement en association et son rendement en culture pure (Brooker et al., 2015). Un LER supérieur à 1 signifie qu’il faudrait plus d’un hectare de cultures pures pour produire autant que l’association sur un seul hectare, traduisant un avantage net d’usage des ressources. Cette économie de surface est le révélateur d’une productivité biologique supérieure, fondée sur l’exploitation de mécanismes souterrains et aériens que la recherche en écologie fonctionnelle ne cesse de préciser.
Un gradient de formes : du mélange intime à la dissociation spatiale ou temporelle
Les associations culturales se déclinent selon un gradient qui va du mélange le plus intime à la stricte alternance de bandes, chaque configuration modulant l’intensité des interactions entre espèces. La forme la plus intégrée est le mélange sur le rang (mixed intercropping), où les semences des deux espèces sont déposées dans la même ligne de semis, sans disposition spatiale distincte. Cette configuration maximise les surfaces de contact et, potentiellement, les échanges de signaux racinaires ou mycorhiziens, mais elle complique la récolte séparée et peut exacerber la compétitionInteraction biotique négative entre deux ou plusieurs organismes ou espèces utilisant des ressources communes limitées, telles que les nutriments, l'eau ou l'espace (Prévost-Bouré, 2018). Elle aboutit souvent à l'exclusion compétitive d'une espèce ou à un partitionnement des niches permettant la coexistence au sein de l'écosystème (Prévost-Bouré, 2018) → Vocabulaire si les rythmes de développement sont trop similaires (Ryan & Peigné, 2017).
Une modalité intermédiaire et plus répandue en grandes cultures tempérées est celle des rangs alternés (row intercropping) : chaque espèce occupe un rang sur deux, ou alterne par séquences régulières (par exemple, un rang de céréale pour deux rangs de légumineuse). Cette disposition facilite le semis et la récolte mécanisée tout en maintenant une interaction soutenue entre les systèmes racinaires, particulièrement active à l’interface des rangs (Dong et al., 2025). En élargissant encore l’échelle spatiale, le strip cropping (culture en bandes) installe des bandes suffisamment larges pour être gérées indépendamment — souvent 3 à 12 mètres — où les interactions aériennes (ombrage, effet brise-vent) dominent sur les interactions racinaires directes, tandis que les lisières restent des zones d’échanges privilégiées (Keshyagol et al., 2026). Cette configuration combine une forme d’association à une relative autonomie de conduite, notamment pour la fertilisation azotée ou la protection phytosanitaire.
Enfin, l’association temporelle, ou relay cropping, introduit un décalage dans le cycle des deux espèces : une culture, déjà installée, voit une seconde espèce semée dans le couvert en place, généralement en fin de cycle. Ce principe permet à la seconde culture de bénéficier d’un microclimat atténué durant son implantation, tandis que la première, sénescente, libère progressivement les ressources qu’elle n’exploite plus (Thompson, 2026). Le relay cropping de soja dans un blé en maturation, ou de légumineuse fourragère dans un maïs grain, illustre cette extension temporelle de la complémentarité.
Le principe de complémentarité contre la compétition pour les ressources
Le fondement écologique de l’association réside dans la différenciation des niches. Dans un couvert monospécifique, tous les individus partagent des exigences identiques pour la lumière, l’eau et les nutriments, ce qui conduit à une compétitionInteraction biotique négative entre deux ou plusieurs organismes ou espèces utilisant des ressources communes limitées, telles que les nutriments, l'eau ou l'espace (Prévost-Bouré, 2018). Elle aboutit souvent à l'exclusion compétitive d'une espèce ou à un partitionnement des niches permettant la coexistence au sein de l'écosystème (Prévost-Bouré, 2018) → Vocabulaire intraspécifique intense. L’introduction d’une seconde espèce, pour autant qu’elle exploite les ressources différemment, permet de réduire ce chevauchement compétitif au profit d’une complémentarité de niche (Justes et al., 2021). Celle-ci peut être spatiale, lorsque les systèmes racinaires explorent des volumes de sol distincts (racines fasciculées superficielles d’une céréale contre pivot profond d’une légumineuse), temporelle, lorsque les pics de demande en eau ou en azote sont déphasés de quelques semaines, ou encore trophique, lorsqu’une espèce mobilise préférentiellement le NO₃⁻ quand l’autre valorise le NH₄⁺ ou dépend entièrement de la fixation symbiotique du N₂ atmosphérique (Brooker et al., 2015).
Le couple emblématique céréale + légumineuse incarne cette logique : la légumineuse — pois, féverole, lupin, soja — couvre l’essentiel de ses besoins azotés par fixation symbiotique, réduisant la pression compétitive sur le réservoir d’azote minéral du sol que la céréale, non fixatrice, peut exploiter sans partage (Jensen et al., 2020). En retour, la céréale, plus agressive pour la capture de la lumière et au développement rapide, structure le couvert et limite l’installation des adventices, sans entrer en concurrence directe avec la légumineuse pour l’azote (Guinet et al., 2019). Cette bipartition fonctionnelle n’est pas absolue : une fertilisation azotée excessive peut saturer la légumineuse et inhiber sa fixation symbiotique, la faisant basculer vers une stratégie de compétition directe avec la céréale, neutralisant alors le bénéfice attendu de l’association.
Le Land Equivalent Ratio (LER) : un révélateur quantitatif du gain d’association
Le LER formalise le bénéfice net de l’association en rapportant sa productivité à celle des cultures pures de référence. Pour une association de deux espèces A et B, il se calcule comme la somme des rapports : rendement de A en association sur rendement de A en culture pure, plus rendement de B en association sur rendement de B en culture pure. Un LER de 1,2, couramment observé pour des associations céréale-pois, signifie que la parcelle associée produit 20 % de biomasse en plus que la somme des surfaces équivalentes en monoculture (Brooker et al., 2015). Ce gain est directement interprétable comme une réduction de la compétition ou, de manière plus positive, comme l’expression d’une facilitationInteraction biotique positive dans laquelle une espèce bénéficie de la présence d'une autre, par la modification des conditions biotiques ou abiotiques du milieu (ex: transfert de nutriments via les mycorhizes, ombrage), sans que cela ne nuise à l'espèce facilitatrice (Cros, 2019). En agriculture, elle est particulièrement visible dans les associations céréales-légumineuses, où la légumineuse améliore la disponibilité de l'azote pour la céréale (Justes et al., 2014; Le Carbone Au Cœur Du Fonctionnement Microbien Des Sols : Comprendre et Piloter Les Interactions MOS-Communautés Microbiennes Pour Renforcer La Disponibilité et l’efficience d’utilisation Des Éléments Minéraux (N et S) Dans Les Agroécosystèmes, 2020) → Vocabulaire mutuelle.
Le LER reste toutefois un indicateur partiel, sensible aux densités totales de semis et aux conditions de l’année climatique (Ryan & Peigné, 2017). Un LER inférieur à 1, possible si la compétition domine, ne signifie pas nécessairement l’échec agronomique de l’association : d’autres services — réduction des adventices, dilution des bioagresseurs ou amélioration de la structure du sol — peuvent justifier son maintien. La section suivante explorera les mécanismes par lesquels cette complémentarité de niche se déploie dans le temps et l’espace, notamment à travers la stratification racinaire et le déphasage des cycles de prélèvement.
La complémentarité de niche
L’efficacité des cultures associéesPratique consistant à cultiver simultanément plusieurs espèces végétales (ex: riz-poisson, agroforesterie) sur une même parcelle pour favoriser les synergies biologiques et optimiser l'acquisition des nutriments (Tallou et al., 2026). Ces systèmes de co-culture améliorent la résilience face au climat en renforçant les interactions symbiotiques et la santé globale de la rhizosphère (Hubert, 2017; Tallou et al., 2026) → Vocabulaire repose sur un principe écologique fondamental : lorsque deux espèces occupent des niches partiellement distinctes, leur demande combinée sur les ressources – lumière, eau, éléments minéraux – est répartie dans l’espace et dans le temps, de sorte que l’association prélève une fraction plus importante des ressources disponibles qu’une monoculture de même surface. Ce partage des ressources, ou complémentarité de niche, constitue le socle mécaniste du Land Equivalent Ratio (LER) supérieur à 1 observé dans de nombreuses associations céréales–légumineuses (Brooker et al., 2015 ; Guinet et al., 2019). En pratique, la complémentarité s’exprime à travers trois dimensions – spatiale, temporelle et lumineuse – qui opèrent le plus souvent de manière conjointe et interdépendante (Ruillé et al., 2026).
Complémentarité spatiale : explorer des horizons distincts
La juxtaposition d’espèces aux architectures racinaires contrastées permet d’exploiter un volume de sol plus important. Une espèce à pivot profond, telle la luzerne ou la féverole, explore les horizons inférieurs (au-delà de 60–80 cm) où elle prélève de l’eau et du nitrate lessivé, tandis qu’une céréale au système fasciculé dense exploite les premiers centimètres du profil, riches en phosphore et en ammonium issus de la minéralisation des matières organiques de surface (Homulle et al., 2022). Dans les associations blé–pois ou maïs–haricot, cette ségrégation verticale réduit la superposition des zones de prélèvement : la compétition directe pour l’eau et l’azote diminue, et la ressource totale captée par le couvert augmente. Des études récentes montrent que la différenciation spatiale des traits racinaires – densité de longueur racinaire, diamètre, ramification – est plus déterminante que la plasticité induite par la compétition (Wang, 2025). Ainsi, la complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire spatiale relève d’abord des traits intrinsèques des espèces associées.
Complémentarité temporelle : étaler les pics de demande
Les différences de phénologie entre espèces associées permettent de décaler dans le temps les périodes de forte demande en ressources. Une légumineuse semée et récoltée après une céréale d’hiver, ou bien un maïs implanté quinze jours après un haricot, déplace les pics d’absorption de l’azote et de l’eau vers des fenêtres distinctes (Engbersen et al., 2021). Ce décalage, même modeste, réduit l’intensité de la compétition au moment où les deux cultures sont simultanément en phase active. Dong et al. (2025) ont démontré que la complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire temporelle est le principal moteur du prélèvement d’azote en culture associée en bandes, où le blé achève sa croissance avant le pic de demande du maïs. Cette partition temporelle, combinée à une complémentarité spatiale des systèmes racinaires, aboutit à une utilisation plus complète des ressources du sol tout au long du cycle cultural.
Complémentarité lumineuse : un couvert stratifié plus efficient
La structure du couvert végétal influence directement l’interception du rayonnement, ressource primaire de la photosynthèse. En associant une espèce haute (maïs, sorgho) et une espèce basse tolérante à l’ombrage (haricot, soja, trèfle), le couvert présente une stratification verticale qui accroît l’indice foliaire (LAI) total au-delà de celui de chaque culture pure (Ong & Leakey, 1999). La lumière non interceptée par la culture haute peut être captée par l’espèce sous-jacente, ce qui améliore l’efficience d’utilisation du rayonnement (RUE) à l’échelle de l’association. Les travaux de Brooker et al. (2015) et de Ruillé et al. (2026) confirment que cette complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire lumineuse est un facteur explicatif majeur du LER, en particulier dans les associations maïs–légumineuse et dans les systèmes de relais où les cycles se chevauchent partiellement.
Synergie des trois formes de complémentarité
Les trois dimensions de la complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire de niche – spatiale, temporelle et lumineuse – agissent rarement de manière isolée. Dans une association maïs–haricot, la culture haute intercepte d’abord la lumière pendant que l’espèce basse exploite les horizons superficiels ; puis, après la récolte du maïs, le haricot bénéficie d’un rayonnement accru pendant sa phase de remplissage des gousses. Simultanément, la décomposition des racines du maïs libère des nutriments dans les horizons profonds, accessibles au pivot du haricot (Homulle et al., 2022). Ces interactions positives conduisent à des LER fréquemment compris entre 1,15 et 1,35 pour les associations céréales–légumineuses en conditions tempérées (Guinet et al., 2019). L’enjeu agronomique consiste donc à choisir des espèces et des dates de semis qui maximisent ces complémentarités tout en limitant les compétitions directes ; cette optimisation fait l’objet de la section suivante sur la facilitation entre espèces.
La facilitation entre espèces
La complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire de niche, en partitionnant l’usage des ressources, réduit la compétition ; la facilitation va plus loin : une espèce améliore activement l’environnement ou l’accès aux ressources de sa voisine. Là où la complémentarité repose sur la différenciation des niches, la facilitation modifie, parfois de manière fugace, les propriétés physico-chimiques ou biologiques du milieu au profit d’une autre espèce. Ces interactions positives influencent directement la performance des associations culturales et expliquent souvent le gain de productivité mesuré par le Land Equivalent Ratio (LER) supérieur à un.
Mobilisation des nutriments peu disponibles
La facilitationInteraction biotique positive dans laquelle une espèce bénéficie de la présence d'une autre, par la modification des conditions biotiques ou abiotiques du milieu (ex: transfert de nutriments via les mycorhizes, ombrage), sans que cela ne nuise à l'espèce facilitatrice (Cros, 2019). En agriculture, elle est particulièrement visible dans les associations céréales-légumineuses, où la légumineuse améliore la disponibilité de l'azote pour la céréale (Justes et al., 2014; Le Carbone Au Cœur Du Fonctionnement Microbien Des Sols : Comprendre et Piloter Les Interactions MOS-Communautés Microbiennes Pour Renforcer La Disponibilité et l’efficience d’utilisation Des Éléments Minéraux (N et S) Dans Les Agroécosystèmes, 2020) → Vocabulaire la mieux documentée en grande culture concerne le phosphore, élément très peu mobile dans la plupart des sols. Certaines espèces, notamment les légumineuses (pois, féverole) et le sarrasin, possèdent une capacité d’exsudation racinaire remarquable : elles libèrent des acides organiques (citrate, malate) et des phosphatases acides qui solubilisent les phosphates de calcium ou de fer insolubles (Kumar et al., 2022). Dans une association maïs-féverole, les exsudats de la légumineuse augmentent la disponibilité du P dans la rhizosphère jusqu’à 30 %, profitant directement à la céréale voisine dépourvue de cette aptitude (Yu et al., 2021). Le mécanisme est d’autant plus efficace que les racines des deux espèces explorent la même zone de sol ; le gradient de diffusion permet au maïs de capter le phosphore libéré par la féverole sans qu’un contact mycorhizien soit nécessaire, même si les hyphes peuvent amplifier le phénomène (Robdrup et al., 2024).
Une dynamique comparable opère pour le fer et les oligo-éléments (zinc, cuivre). Les graminées, par exemple, synthétisent des phytosidérophores, composés chélateurs qui complexent le Fe³⁺ et le rendent assimilable. Lorsqu’une céréale est associée à une dicotylédone peu efficace dans l’acquisition du fer, les phytosidérophores libérés par la première profitent à la seconde (Wang & Gao, 2019). Le phénomène a été mis en évidence dans des associations maïs-arachide, où l’arachide bénéficie du fer mobilisé par le maïs, réduisant les symptômes de chlorose ferrique en sol calcaire. L’efficacité de ce transfert dépend toutefois de la proximité spatiale et du taux de renouvellement racinaire.
Modification de l’environnement racinaire et aérien
Au-delà de la solubilisation des nutriments, une espèceUnité fondamentale de la classification biologique qui, en microbiologie environnementale, est souvent définie par des Unités Taxonomiques Opérationnelles ou des Variantes de Séquences d'Amplicons basées sur un seuil de similarité génétique (ex. 97% pour le gène 16S) (Barea, 2015; Dunière et al., 2017). La richesse en espèces est un indicateur clé de la biodiversité et de la santé des sols (Bender et al., 2016) → Vocabulaire peut modifier durablement les propriétés physico-chimiques du sol au bénéfice de l’autre. L’acidification localisée de la rhizosphère, induite par l’excrétion de protons, est un levier puissant : la féverole abaisse le pH rhizosphérique de plusieurs dizaines de pourcents, augmentant la solubilité non seulement du P mais aussi de certains cations (K⁺, Mg²⁺) (Schwerdtner & Spohn, 2022). À l’inverse, des espèces alcalinisantes, comme certaines chénopodiacées, peuvent corriger une acidité excessive et améliorer la nutrition azotée de la culture associée.
La structuration du sol par les systèmes racinaires constitue une autre forme de facilitation, dite « ingénierie écologique ». Les racines pivotantes des légumineuses ou des crucifères créent des macropores qui facilitent l’exploration des horizons profonds par les racines fasciculées des céréales, améliorant l’accès à l’eau en période de stress hydrique (Homulle et al., 2021). De même, l’ombrage porté par une espèce haute (maïs, sorgho) sur une espèce basse tolérante à l’ombre réduit la température du sol et l’évapotranspiration, créant un microclimat favorable en conditions chaudes et sèches (Brooker et al., 2015). Ce phénomène est régulièrement observé dans les associations maïs-soja en climat semi-aride, où le soja maintient sa turgescence plus longtemps sous couvert que lorsqu’il est cultivé seul.
Dynamique et réciprocité de la facilitation
La facilitation n’est pas un état stable : elle dépend du stade phénologique, de la densité de semisParamètre agronomique définissant le nombre de graines ou de plants par unité de surface, influençant directement la productivité et la compétition au sein du couvert (Palomar, 2017). Une densité optimale permet de maximiser le rendement par unité de surface tout en limitant les risques de propagation des maladies cryptogamiques favorisées par une biomasse foliaire excessive (Palomar, 2017). En cas de réduction de la densité, les cultures comme le blé peuvent compenser la production par le tallage (Palomar, 2017) → Vocabulaire et des conditions du milieu. Brooker et al. (2015) rappellent que l’interaction peut basculer vers la compétition lorsque la ressource facilitée devient à son tour limitante. Par exemple, l’azote libéré par la légumineuse sous forme de rhizodépôts ammoniacaux ou nitriques profite à la céréale en début de cycle, mais si la légumineuse pâtit ensuite d’un déficit hydrique, la balance s’inverse et la compétition pour l’eau domine. La modélisation des interactions souterraines, via des indices tels que l’Interaction Net Effect (INE), confirme que la facilitation domine en milieu pauvre et sous stress modéré, tandis que la compétition s’impose en sols très fertiles ou en conditions hydriques extrêmes (Justes et al., 2021).
La réciprocité est rarement symétrique. Dans la majorité des associations céréale-légumineuse, la facilitation est unilatérale : la légumineuse facilite la nutrition phospho-azotée de la céréale sans en retirer de bénéfice direct équivalent. Une réciprocité partielle a cependant été documentée, par exemple lorsque la céréale fournit un tuteur physique réduisant la verse de la légumineuse, ou lorsque l’ombrage modéré d’une espèce haute limite la pression des adventices sur l’espèce basse. Ces mécanismes multiples et leur expression conditionnelle expliquent pourquoi la performance des associations varie fortement d’une parcelle à l’autre et justifient une attention fine à la conduite et au choix des densités, traitée dans la suite de cette fiche.
Services associés portés par le sol — azote, symbioses, bioagresseurs
Les associations végétales mobilisent une part essentielle de leurs bénéfices au travers de processus souterrains, où le sol agit en catalyseur de complémentarités fonctionnelles. Au-delà de la simple partition des niches aériennes, c’est dans la rhizosphère que se jouent trois formes majeures de facilitation : l’économie de l’azote par épargne plutôt que transfert direct, l’activation des réseaux mycorhiziens et des communautés microbiennes associées, et la régulation des bioagresseurs par altération de leur environnement chimique et biologique. Ces services, conditionnés par la nature des espèces associées et les itinéraires techniques, confèrent au sol un rôle de pivot régulateur de la performance des cultures associéesPratique consistant à cultiver simultanément plusieurs espèces végétales (ex: riz-poisson, agroforesterie) sur une même parcelle pour favoriser les synergies biologiques et optimiser l'acquisition des nutriments (Tallou et al., 2026). Ces systèmes de co-culture améliorent la résilience face au climat en renforçant les interactions symbiotiques et la santé globale de la rhizosphère (Hubert, 2017; Tallou et al., 2026) → Vocabulaire (Brooker et al., 2015 ; Homulle et al., 2021).
Épargne et transfert d’azote dans les associations céréale-légumineuse
La présence d’une légumineuse fixatrice de N₂ atmosphérique dans une association modifie profondément le budget azoté du compartiment racinaire commun. L’effet dominant n’est pas, comme on l’a longtemps supposé, un transfert direct d’azote fixé vers la céréale compagne, mais un mécanisme d’épargne : la légumineuse, capable de satisfaire une part importante de ses besoins en azote par la fixation symbiotiqueProcessus biologique par lequel des bactéries diazotrophes (rhizobia) convertissent le diazote atmosphérique (N₂) en ammoniac (NH₃) au sein d'organes spécialisés de la plante hôte, les nodules (Hayat et al., 2010; Liu et al., 2010). Cette symbiose, principalement rencontrée chez les légumineuses, repose sur un échange de carbone (fourni par la plante) contre de l'azote assimilable, réduisant ainsi le besoin en engrais azotés de synthèse (Goyal et al., 2021; Lindström & Mousavi, 2019; Liu et al., 2020) → Vocabulaire (souvent 50 à 80 % de son azote total), ponctionne moins l’azote minéral du sol, laissant ainsi une plus grande disponibilité de NO₃⁻ et NH₄⁺ à la céréale associée (Guinet et al., 2019 ; Jensen et al., 2020). Cet effet d’épargne peut représenter jusqu’à 30 % de l’azote absorbé par la céréale dans une association bien conduite, surtout lorsque la fertilité azotée initiale du sol est faible, forçant la légumineuse à solliciter davantage la fixation biologique.
Le transfert direct d’azote fixé, quant à lui, reste généralement modeste. Il s’opère par plusieurs voies : exsudation de composés azotés par les racines de la légumineuse, décomposition des nodules et des débris racinaires, ou transport via les réseaux communs de mycorhizes arbusculaires (CMA). Les quantités ainsi transférées excèdent rarement 5 à 10 % de l’azote fixé, et sont fortement dépendantes de la compatibilité mycorhizienne des deux partenaires ainsi que de la teneur en N du sol (Wang & Gao, 2019 ; Robdrup et al., 2024). Des travaux récents en strip-intercropping montrent que la complémentarité temporelle de l’absorption azotée, plus que le transfert massif instantané, explique l’essentiel du bonus d’azote observé dans les associations céréale-légumineuse (Dong et al., 2025). La gestion de ce service repose donc sur une synchronisation entre la période de forte demande de la céréale et la fin de cycle de la légumineuse, durant laquelle la minéralisation de ses résidus libère de l’azote organique réutilisable par la culture suivante ou associée en relais.
Réseaux mycorhiziens et facilitation rhizosphérique
Les champignons mycorhiziens arbusculaires colonisent la plupart des espèces cultivées et forment, en association, une « rhizosphère composite » où le mycélium extraracinaire interconnecte physiquement les racines de plantes différentes. Ce réseau commun (Common Mycorrhizal Network, CMN) peut faciliter le transfert d’eau, de phosphore et, dans une moindre mesure, d’azote entre plantes, mais la littérature récente appelle à une grande prudence sur l’ampleur réelle de ces échanges (Karst et al., 2023). L’effet majeur de la symbiose mycorhizienne dans les associations réside davantage dans l’amélioration de l’acquisition du phosphore, élément peu mobile dont le prélèvement hyphal peut accroître de 20 à 40 % la nutrition phosphatée d’une céréalePlante de la famille des Poaceae (graminées) cultivée principalement pour son grain sec (caryopse), riche en amidon et en protéines de réserve. Le blé (terme #5224), l'orge, le maïs, le riz, le seigle, l'avoine et le sorgho constituent les principales espèces céréalières mondiales, fournissant plus de la moitié des calories alimentaires de l'humanité. Dans les agroécosystèmes, les céréales entretiennent des associations mycorhiziennes à arbuscules qui étendent leur capacité d'exploration du sol pour le phosphore et l'eau. Leurs exsudats racinaires nourrissent le microbiote rhizosphérique et contribuent à la structuration du sol via la rhizodéposition. En agriculture régénératrice, les céréales s'intègrent dans des rotations diversifiées et des associations avec des légumineuses (cultures associées, couverts en relais), rompant avec la monoculture intensive qui appauvrit la biodiversité du sol et accroît la dépendance aux intrants de synthèse. → Vocabulaire associée à une légumineuse non mycorhizienne ou moins performante (Xu & Liu, 2024 ; Robdrup et al., 2024).
Au-delà du seul phosphore, la présence de mycorhizes stimule la structuration des communautés microbiennes libres, modifie les profils d’exsudats racinaires et améliore la résilience face aux stress abiotiques (Kumar et al., 2022). Des expérimentations en mésocosmes ont ainsi montré que l’interaction entre racines de maïs et de légumineuses, en présence de CMA, augmentait significativement la biomasse microbienne et l’activité enzymatique du sol, favorisant la minéralisation de la matière organique (Schwerdtner & Spohn, 2022). Par ailleurs, l’héritage microbien laissé par une culture précédente en association (legacy (héritage) effect) peut conditionner la supériorité de l’association l’année suivante, via des modifications durables du microbiote tellurique (Wang et al., 2021). Ces constats soulignent que le service symbiotique dépasse le seul transfert ponctuel de nutriments pour s’inscrire dans une facilitation agro-écologique durable, sous réserve de choisir des espèces et des génotypes à forte réceptivité mycorhizienne.
Régulation des bioagresseurs par les interactions sol-portées
La diversification végétale opérée par les associations modifie profondément les signaux physico-chimiques du sol perçus par les ravageurs et les pathogènes. La dilution des exsudats racinaires de la plante hôte, combinée à l’émission de composés volatils et de métabolites secondaires par l’espèceUnité fondamentale de la classification biologique qui, en microbiologie environnementale, est souvent définie par des Unités Taxonomiques Opérationnelles ou des Variantes de Séquences d'Amplicons basées sur un seuil de similarité génétique (ex. 97% pour le gène 16S) (Barea, 2015; Dunière et al., 2017). La richesse en espèces est un indicateur clé de la biodiversité et de la santé des sols (Bender et al., 2016) → Vocabulaire compagne, perturbe le repérage de l’hôte par les insectes terricoles et les nématodes. Parallèlement, la rhizosphère diversifiée abrite une communauté d’ennemis naturels plus abondante, qu’il s’agisse de champignons entomopathogènes, de nématodes prédateurs ou de bactéries antagonistes (Hawes et al., 2021 ; Pineda et al., 2017). Les exsudats racinaires de certaines légumineuses, comme Desmodium spp., contiennent des flavonoïdes et des isoflavonoïdes qui ont un effet répulsif direct sur la pyrale du maïs (Chilo partellus) tout en inhibant la germination des graines de striga, une adventice parasite redoutable (Ndayisaba, 2022).
Ces mécanismes de régulation trouvent leur expression la plus aboutie dans les systèmes de type « push-pull », où une légumineuse pérenne intercalaire fixatrice d’azote repousse le ravageur (push), tandis qu’une plante-piège en bordure l’attire (pull). Le sol y est doublement bénéficiaire : il reçoit l’azote fixé par la légumineuse et voit sa pression parasitaire diminuer durablement, ce qui réduit le recours aux intrants chimiques. Au sein des associations céréale-légumineuse annuelles, des réductions de 30 à 60 % des populations de nématodes à galles (Meloidogyne spp.) sont documentées, attribuées à la fois à l’effet allélopathique et à la rupture du cycle parasitaire par la présence d’une plante non-hôte (Guinet et al., 2019). L’approfondissement des mécanismes de régulation biologique (plantes pièges, push-pull, ingénierie des exsudats) fait l’objet d’analyses dédiées, tandis que la section suivante examine comment la conduite agronomique conditionne l’expression de ces services et la performance globale des associations.
Performance conditionnelle et conduite
La réussite d’une culture associée ne relève pas d’une simple juxtaposition d’espèces, mais d’une ingénierie de la complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire dont la performance est étroitement conditionnée par le choix du couple, le pilotage de la compétition et le contexte agronomique. Objectivée par le Land Equivalent Ratio (LER), cette performance exprime la surface de monoculture nécessaire pour égaler la production de l’association. Un LER supérieur à 1 ne saurait toutefois constituer une constante universelle : il dépend du couple cultural, de la conduite adoptée et des conditions pédoclimatiques, sous peine de basculer d’une facilitation réciproque vers une compétition stérile (Brooker et al., 2015 ; Ruillé et al., 2026). Plusieurs leviers – compatibilité interspécifique, arrangement spatial, modulation par les intrants et contraintes de mécanisation – transforment une association potentiellement bénéfique en un itinéraire performant.
Compatibilité interspécifique : un préalable à la complémentarité
L’appariement des espèces constitue la première condition pour que la complémentaritéPhénomène écologique où la diversité des espèces, variétés ou génotypes permet une exploitation plus efficace des ressources (eau, lumière, nutriments) par partitionnement des niches (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016). Cette complémentarité fonctionnelle renforce la résilience des cultures face aux aléas climatiques et améliore les services écosystémiques comme le contrôle naturel des ravageurs (Chuine, 2020; Drieu & Rusch, 2016) → Vocabulaire l’emporte sur la compétition. Les traits aériens et souterrains doivent offrir une différenciation suffisante des niches, faute de quoi une espèce tend à dominer l’autre et annihile tout bénéfice. Une céréale érigée à feuillage vertical associée à une légumineuse à feuillage planophile permet par exemple une interception lumineuse stratifiée : le rayonnement non capté par la strate supérieure atteint la culture basse, améliorant l’efficience d’utilisation de la lumière (Brooker et al., 2015 ; Engbersen et al., 2021). De manière analogue, la ségrégation des profondeurs d’enracinement, entre un pivot profond et un chevelu superficiel, atténue la compétition pour l’eau et les nutriments (Homulle et al., 2021). La phénologie joue un rôle complémentaire : un décalage des phases de croissance active, tel qu’entre une céréale précoce et une légumineuse plus tardive, synchronise la demande en azote avec les pics de minéralisation et réduit la compétition à l’installation (Dong et al., 2025).
À l’inverse, une association mal assortie conduit à un déséquilibre rapide. Une céréale très compétitive pour l’azote, comme le maïs, peut dominer une légumineuse peu agressive, en épuisant les réserves hydriques superficielles et en interceptant la quasi-totalité du rayonnement, ce qui réduit le rendement de la légumineuse sans compensation suffisante sur le grain (Lithourgidis et al., 2011). Le LER partiel de chaque espèce permet alors de diagnostiquer une contribution déséquilibrée et d’orienter la recherche de couples aux traits de compétitivité mieux ajustés : vitesse d’émergence, surface foliaire spécifique, longueur racinaire spécifique et production d’exsudats (Justes et al., 2021).
Maîtrise de la compétition par la densité et l’arrangement spatial
Une fois le couple retenu, l’équilibre compétition–facilitation se règle par la densité de semis et la géométrie d’implantation. La densité totale, mais surtout la proportion relative de chaque espèce par rapport à sa monoculture optimale, module l’intensité des interactions. Dans les associations blé-pois protéagineux, un ratio de semis voisin de 70:30 (en densités relatives) maximise souvent le LER en limitant la verse du pois tout en maintenant une fixation symbiotiqueProcessus biologique par lequel des bactéries diazotrophes (rhizobia) convertissent le diazote atmosphérique (N₂) en ammoniac (NH₃) au sein d'organes spécialisés de la plante hôte, les nodules (Hayat et al., 2010; Liu et al., 2010). Cette symbiose, principalement rencontrée chez les légumineuses, repose sur un échange de carbone (fourni par la plante) contre de l'azote assimilable, réduisant ainsi le besoin en engrais azotés de synthèse (Goyal et al., 2021; Lindström & Mousavi, 2019; Liu et al., 2020) → Vocabulaire substantielle (Guinet et al., 2019). En maïs-soja, une réduction de 20 à 30 % de la densité du maïs, associée à un écartement des rangs, favorise la pénétration de la lumière jusqu’au soja et atténue la compétition hydrique tardive (Akchaya et al., 2025).
L’arrangement spatial constitue un levier tout aussi décisif. Le semis en rangs alternés ou en bandes (strip-intercropping) dissocie temporellement et spatialement les niches : la céréale en bandes larges (1 à 2 m) bénéficie d’une meilleure exposition lumineuse tandis que la légumineuse, insérée en bandes adjacentes, explore un volume de sol moins colonisé par la céréale (Brooker et al., 2015). Une étude sur l’association coton-cumin en Chine a montré qu’une configuration en bandes de 4 rangs de coton intercalés avec 2 rangs de cumin augmentait le LER total de 0,12 par rapport à un mélange intime, grâce à une interception lumineuse et une séparation racinaire améliorées (Aćimović et al., 2025). En grandes cultures tempérées, les bandes de 3 à 6 m permettent une mécanisation différenciée tout en préservant les effets de facilitation rhizosphérique en bordure. L’optimum dépend néanmoins de l’orientation des bandes et de leur largeur : trop étroites, elles n’atténuent pas la compétition ; trop larges, elles annulent les bénéfices de la complémentarité (Thompson, 2026). Ce constat souligne que la géométrie de semis pèse souvent davantage sur le LER que le simple choix des espèces.
L’avantage productif conditionné par le milieu et les intrants
Le LER n’est pas une propriété intrinsèque du couple cultural, mais une réponse contextuelle aux conditions pédoclimatiques et au régime d’intrants. L’effet modulateur de l’azote minéral en fournit l’illustration la plus documentée. Dans les sols bien pourvus ou après une fertilisation azotée abondante (≥ 150 kg N ha⁻¹), l’avantage de la légumineuse s’amenuise : la céréalePlante de la famille des Poaceae (graminées) cultivée principalement pour son grain sec (caryopse), riche en amidon et en protéines de réserve. Le blé (terme #5224), l'orge, le maïs, le riz, le seigle, l'avoine et le sorgho constituent les principales espèces céréalières mondiales, fournissant plus de la moitié des calories alimentaires de l'humanité. Dans les agroécosystèmes, les céréales entretiennent des associations mycorhiziennes à arbuscules qui étendent leur capacité d'exploration du sol pour le phosphore et l'eau. Leurs exsudats racinaires nourrissent le microbiote rhizosphérique et contribuent à la structuration du sol via la rhizodéposition. En agriculture régénératrice, les céréales s'intègrent dans des rotations diversifiées et des associations avec des légumineuses (cultures associées, couverts en relais), rompant avec la monoculture intensive qui appauvrit la biodiversité du sol et accroît la dépendance aux intrants de synthèse. → Vocabulaire, libérée de toute contrainte nutritionnelle, devient hyper-compétitive pour la lumière et l’eau, entraînant une chute du LER partiel de la légumineuse et, in fine, du LER total (Brooker et al., 2015 ; Guinet et al., 2019). Une méta-analyse portant sur plus de 1 200 expérimentations indique que le gain de rendement relatif des associations légumineuse–céréale diminue de 25 % en moyenne lorsque l’apport d’azote dépasse 100 kg ha⁻¹ (Ruillé et al., 2026). À l’inverse, sous faible disponibilité azotée, la fixation symbiotique et l’épargne de nitrate pour la céréale confèrent un avantage décisif, le LER pouvant atteindre 1,30 à 1,40 (Jensen et al., 2020).
Le régime hydrique exerce un contrôle comparable. Un stress modéré valorise la complémentarité temporelle : la céréale, plus précoce, exploite l’eau du profil superficiel avant que la légumineuse, plus tardive, n’utilise les réserves profondes. En revanche, un déficit sévère homogénéise la contrainte et supprime les bénéfices de l’association (Maitra et al., 2026). La disponibilité en phosphore et le pH du sol modulent également les interactions via l’activité mycorhizienne et l’exsudation de phosphatases (Mao et al., 2025). Ces résultats soulignent que l’association ne délivre son plein potentiel que dans une gamme de conditions bien définie et qu’une analyse locale du couple sol-climat-système de culture est indispensable avant toute adoption.
Verrous techniques et adoption en grandes cultures
Même lorsque les conditions biologiques sont réunies, l’expansion des cultures associéesPratique consistant à cultiver simultanément plusieurs espèces végétales (ex: riz-poisson, agroforesterie) sur une même parcelle pour favoriser les synergies biologiques et optimiser l'acquisition des nutriments (Tallou et al., 2026). Ces systèmes de co-culture améliorent la résilience face au climat en renforçant les interactions symbiotiques et la santé globale de la rhizosphère (Hubert, 2017; Tallou et al., 2026) → Vocabulaire en grandes cultures se heurte à des contraintes techniques qui dépassent la seule écologie végétale. Le frein majeur réside dans la mécanisation de l’itinéraire technique, du semis à la récolte. Le semis simultané de deux espèces aux graines de calibres différents exige des semoirs à trémies séparées et à distribution indépendante, équipement encore rare dans les exploitations conventionnelles (Akchaya et al., 2025). Le désherbage chimique pose un problème aigu : très peu de matières actives sont sélectives des deux cultures, obligeant souvent à recourir à des interventions mécaniques ciblées ou à un désherbage en bandes, délicats à automatiser à grande échelle (Rishitha et al., 2025).
La récolte représente un autre point de blocage. Lorsque les deux espèces arrivent à maturité simultanément, le mélange des grains impose un tri post-récolte coûteux pour obtenir des lots valorisables séparément. Une récolte échelonnée – moisson de la céréale puis de la légumineuse – nécessite deux passages de moissonneuse-batteuse avec des réglages différents, ce qui accroît les temps de chantier, la consommation de carburant et les risques de tassement (Hauggaard-Nielsen et al., 2008). Ces contraintes logistiques expliquent pourquoi l’intercropping demeure cantonné, en production céréalière intensive, à des niches où les économies d’intrants ou une prime de diversification justifient l’investissement spécifique. Des pistes d’innovation, telles que la sélection de variétés adaptées au semis en mélange (Bourke et al., 2021) ou le développement d’itinéraires simplifiés (semis direct en bandes, désherbage électrique ciblé), pourraient à l’avenir atténuer ces verrous, mais leur déploiement à large échelle reste à venir.
En définitive, la performance agronomique des cultures associées repose sur une conduite raisonnée bien plus que sur une vertu intrinsèque de la diversité spécifique. Le choix d’un couple compatible, l’ajustement des densités, la géométrie de semis et la prise en compte du contexte azoté et hydrique constituent les leviers primaires qui transforment une association